Vacuité, voilà comment définir en un mot Ninja Gaiden 3. Vacuité intellectuelle premièrement, celle qui donne aux jours de procrastination un goût de rentabilité et de réussite. Tomonobu Itagaki parti pour des herbages plus verdoyants, son héritage était de fait mis sur la sellette, lorsque l’ombre d’un géant se fait oppressante, seule une vive lumière ou une obscurité totale peuvent l’effacer. La seconde option a été choisie par l’équipe ayant repris le flambeau, car pour briller il faut être brillant. Comment après un parcours élogieux une série peut tomber en disgrâce, par quel processus peut-on partir d’un titre difficile et exigeant pour en arriver à un néant abyssal de gameplay et de challenge ? Simplement, il suffit de laisser faire une équipe désireuse de faire du tout venant.
Ninja Gredin
Par où commencer cette autopsie du cadavre de Ryu Hayabusa, peut-être en regardant le teint vieillot et mal dégrossi de ses décors qui ont assez peu évolué depuis le dernier épisode en date. Certes notre ninja a reçu un lissage propret pour être mis en avant l’ensemble n’est pas immonde, mais ce n’est pas non plus du travail recherché. Ses adversaires clonés jusqu’à l’épuisement peut-être, anonymes mercenaires et mécréants, insensibles aux tirs de leur propres roquettes ou aux règles élémentaires de la physique et de la biologie ? De l’oubli. Que dire sur le level design imaginé par une équipe qui semble ne connaître que peu de choses des épisodes précédents et du concept de redondance ? Au final rien, autant rester silencieux devant tant de facilité et de vacuité, car les deux se ressentent autant que les hectolitres d’hémoglobine dégoulinants de votre écran.

Car Ninja Gaiden 3 se veut sanglant à l’extrême, spectaculaire théâtre de dérision qui devant nos yeux écarquillés fait pâle figure. Pour une obscure raison, vous pourrez vous acharner tel un boucher Tchétchène sur vos ennemis, les empaler sur votre lame, les trancher tel un Sushaya, mais jamais un morceau ne tombera de leurs frêles carcasses. Jamais troufions ne furent si résistants aux sévices corporels, et démons si plastiques devant l’imperturbable regard vide de Ryu. Ce dernier, après avoir acquis le rang ultime de sauveur du monde attitré, se voit maudit pour les péchés de ses ancêtres et doit payer le prix fort en portant une terrible malédiction. C’est à ce moment que les questions affluent dans le cerveau lent des connaisseurs de la série, alors que dans sa virevoltante maestria de ninja guedin, un tennis elbow vient frapper notre Dragon Faucon. S’en suit alors une curieuse scène scriptée, affublée d’un filtre illisible et même dégueulasse. Ryu, écrasé par la douleur, tue ses ennemis d’un seul coup en boitant tel un ivrogne Russe, auréolé d’une invincibilité incompréhensible. Une fois le dernier fifrelin tranché dans le vif, sa douleur disparaît aussi vite qu’elle était arrivée et avec elle tout questionnement qui pouvait encore venir.
Ninja Guedin
Non content d’être à la série Ninja Gaiden ce qu’Homefront est au FPS, ce troisième épisode donne perpétuellement l’impression d’avoir été assemblé avec des parties rejetées autrefois par Itagaki. Son spectre aurait pu être totalement effacé du titre, mais sans la conservation du gameplay et du système de combos qu’il a créé, ce test se serait réduit à « C’est une merde ». Et c’est là que se pose le problème d’écrire un test sur une œuvre bâtarde qui a le cul entre de chaises.

Tout Beat’em up qui se respecte possède une redondance notable dans son cheminement, on avance, on tue, on passe à une zone suivante, ad lib. Mais ici, la redondance classique au genre n’est en rien bénéfique à l’exercice, elle s’empêtre dans une routine crasse indigne de ses glorieux et difficiles aïeux. L’ajout de QTE à tout bout de champ aurait été une bonne idée si l’ensemble du gameplay n’était une purge assistée pour amibes hydrocéphales. À quoi sert de conserver un système de combos efficace et plaisant, si c’est pour le souiller avec des séquences automatisées où lâcher son pad n’a aucune incidence ? Interlope émotion lorsque l’écran affiche sans gêne aucune la pauvreté du jeu dans des phases d’escalade roboratives et inutiles, des couloirs obscurs et à peine texturés, plongés dans un noir total pour ne pas finir au poteau. Il en va de même pour l’attirail de notre ninja dépressif qui reste désespérément vide. Une épée, des kunaïs, un unique ninpo qui détruit tout, et l’arme ultime de la gaudriole, l’arc. Ce dernier tire des flèches sorties tout droit d’une dimension parallèle, Hayabusa ne portant pas de carquois, et pourtant, l’animation qu’il effectue reste la même que dans les précédents épisodes. Que dire aussi de la régénération automatique à chaque fin de nettoyage ou lors de l’utilisation du ninpo, bitch please.
Ninja Gadin
Il serait facile d’en rajouter, mais ce serait être taxé d’aboyeur public, attachons-nous pourtant un dernier moment au scénario.
Bonjour, je m’appelle Ryu, ça veut dire Dragon. Bonjour, je m’appelle Tomonobu Itagaki, et je pleure des larmes de sang. Après les divers démons et les ninjas du clan de l’Araignée Noire, il est clair que la récession mondiale a également touché l’imaginaire des développeurs. Terroristes, passage au Moyen Orient, grand méchant pioché dans les concept arts d’Assassin’s Creed, on va même jusqu’à violer l’imagerie du Mecha de combat de Ghost in the Shell. Tout y passe, des clones mutants, une pseudo relation familiale, et un héros qui porte toute la misère du monde sur ses épaules. Pour citer le Professeur S. Pignolo, « J’ai vomi ». Nous passerons sur l’horripilante bande son et sa fournée de hurlements tirés d’émissions de télé réalité Japonaise… Lorsque l’on plante 80 centimètres d’acier dans un poumon, hurler, c’est pas facile, et mourir c’est assuré, n’en jetons plus, la cour est pleine.

Pour terminer sur une note plus joyeuse, sachez que Ninja Gaiden 3 est sans conteste le plus mauvais épisode de la série et certainement l’un des pires jeux de ces dernières années, mais qu’il pourra vous divertir. Son mode online anecdotique et ses DLC d’enfumage pourront vous servir à combler le vide laissé par des années d’absence de la série. Se terminant en moins de dix heures, vous saurez quoi faire pendant l’été entre deux bains de soleil cancérigène. Maladroit, bâclé, vide de sens, il reste marrant si vous faites abstraction du bagage qu’il est censé porter, car l’abstraction au final, c’est tout ce qu’il lui reste.






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